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Aujourd’hui, le combat politique n’est plus entre Chrétiens et Musulmans, mais entre tous les souverainistes de toutes les confessions, d’une part, et les collaborateurs issus de toutes les confessions, d’autre part. Libanais, veuillez choisir, êtes vous pour le Liban indépendant, neutre et démocrate, ou vous êtes un "collabo". |
Liban : lors de sa conférence de presse à Paris, Samir Geagea révèle ses dimensions nationale et internationale
De plus en plus d’observateurs sont conscients que le salut du Liban repose sur le trio Geagea-Sfeir-Hariri
mercredi 16 juin 2010 - 20h19, par Chawki Freïha - Paris
Après sa visite officielle en Egypte et sa rencontre hautement symbolique avec le président Hosni Moubarak, le chef des Forces Libanaises, Samir Geagea, a effectué une visite "privée" en France, avant de se rendre en Espagne. Bien que privé, son déplacement à Paris, qui coïncide avec la visite officielle du Patriarche maronite Boutros Sfeir, est loin de passer inaperçue. Gagea a té accueilli par le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner.
L’allocution prononcée par le Patriarche maronite Nasrallah Sfeir, en visite officielle à Paris, lors de la réception organisée par l’ambassade du Liban au Pavillon Dauphine, était à la fois symbolique, historique et surprenante. Mais elle a surtout été doublée d’une surprise de taille.
En effet, Sfeir a remercié la France, avant de faire vibrer les centaines de Libanais et de Français venus l’accueillir, en rappelant « les liens historiques qui lient la France et le Liban » en général, et plus particulièrement les relations étroites qui lient « la Fille aînée de l’Eglise et les Maronites ». Sfeir, en bon pasteur, a sommé les Libanais à « respecter leur pays adoptif, sans jamais oublier leur pays d’origine qui compte sur leurs compétences pour se redresser ». Il a conclu son propos par la traditionnelle formule « vive le Liban, vive la France ». A peine les applaudissements se sont arrêtés, Sfeir a précisé « vive la France, terre des libertés », en pensant sans doute aux multiples tentatives visant à priver le Liban et les Libanais de la leur ! Le public l’a en tout cas compris ainsi comme en témoignent les longues minutes d’applaudissement.
A ces symboles historiques est venue s’ajouter la surprise qui a fait vibrer la salle : l’arrivée de Samir Geagea, en visite privée à Paris. Arrivé la veille en France, entre deux visites officielles en Egypte et en Espagne, Geagea est venu saluer le chef de l’Eglise maronite et prendre sa bénédiction, le tout sous les chaleureux applaudissements des convives, dont le député libanais Nadim Gemayel, le fils du fondateur des Forces Libanaises, Bachir Gemayel, assassiné par la Syrie moins d’un moins après son élection à la Présidence de la République, en septembre 1982.
La rencontre de ces dirigeants libanais que réunit la défense de la souveraineté du pays du Cèdre, à Paris, est d’autant plus symbolique que la France s’apprête à célébrer l’appel du 18 juin lancé par le général De Gaulle aux Français amoureux de la liberté, les sommant à organiser la résistance. Ce qui fut valable en France, en 1940, est encore indispensable pour le Liban aujourd’hui. A juste titre, pour les Libanais, les Grands Hommes appelés à faire l’Histoire de leur pays et sur lesquels repose l’avenir du Liban libre et souverain, sont Nasrallah Sfeir, Samir Geagea et ses alliés, notamment Saad Hariri. D’ailleurs, lors de la conférence de presse tenue le 16 juin à l’hôtel Napoléon, à l’invitation du « Club de la Presse Arabe », Geagea a confirmé que « des pressions colossales sont exercées sur ses alliés pour les pousser à rompre avec les Forces Libanaises », dans l’objectif d’isoler les Chrétiens souverainistes pour mieux les soumettre. Mais Geagea a rassuré l’assistance : « ces paris sont voués à l’échec ». Car, aujourd’hui, le combat politique n’est plus entre Chrétiens et Musulmans, mais entre tous les souverainistes de toutes les confessions, d’une part, et les collaborateurs issus de toutes les confessions, d’autre part.
Les principaux extraits de la conférence de presse de Samir Geagea
En homme d’Etat, Geagea a démontré sa réelle dimension régionale et internationale, en rappelant que sa visite en Egypte était une visite officielle, au cours de laquelle il a rencontré le Président Moubarak et discuté des préoccupations libanaises et régionales, dont les conflits de Gaza et du nucléaire iranien. Indirectement, il a comparé, non sans ironie, la victoire égyptienne de 1973, qui a modifié fondamentalement la donne stratégique régionale et préparé le terrain à la paix entre le Caire et Tel-Aviv, et la victoire divine du Hezbollah qui n’a de la victoire que le nom. Geagea en a profité pour rappeler « la nécessité de mettre le Liban à l’abri des axes, pour éviter qu’il ne paie les factures des projets stratégiques des uns et des autres ». Pour ce faire, Geagea a réitéré ses positions favorables à « la mise sous la tutelle de l’Etat libanais de toutes les armes au Liban ». Il a également critiqué le maintien des bases palestiniennes armées au Liban, sources de déstabilisation.
S’il n’est pas hostile au maintien de l’armement du Hezbollah, Geagea préconise que « l’utilisation de cet armement soit décidé par le gouvernement de Beyrouth, et non pas par Damas ou Téhéran ». C’est la condition sine qua non pour que le Liban soit fort. D’ailleurs, pour Geagea, « le Liban sera plus fort avec moins d’armes, mais avec davantage de légitimité et de soutien international, contrairement à l’idée répandue selon laquelle les armes, même illégales, renforcent le pays ». Il a illustré son propos avec l’exemple de la Corée du Nord qui, malgré son arsenal conventionnel et nucléaire, est isolée sur la scène internationale et malgré la tension verbale, elle ne peut pas s’aventurer à attaquer la Corée du Sud.
L’autre élément de la force du Liban est le tracé des frontières. A ce titre, Geagea a rappelé que « l’ancien président égyptien Nacer, par respect à la souveraineté libanaise, avait tenu un sommet avec le président libanais Fouad Chehab dans une tente dressée à cheval sur la frontière avec la Syrie » (qui faisait alors partie de la république arabe unifiée). « Malgré toute sa puissance, Nacer a su se faire respecter en respectant les autres ». Indirectement, Geagea semble critiquer les sommets tenus en Syrie sur simples convocations adressées par Damas aux dirigeants libanais...
Le chef des Forces Libanaises a abordé la question palestinienne, affirmant que « le blocus imposé sur Gaza était inhumain », mais il a rappelé les conditions qui ont favorisé cette situation. « Il n’est plus tolérable qu’après avoir commis des actes irresponsables, on vienne crier au secours ». Autrement dit, le Hamas doit assumer ses actes et commencer par se réconcilier avec l’Autorité palestinienne pour résoudre la crise.
Quant au nucléaire iranien, Geagea a refusé de se prononcer sur le fond de la question, pour savoir si l’Iran a le droit au nucléaire ou non, ou si son programme est civil ou militaire. « Mais ce qui est inacceptable c’est que le Liban puisse payer la facture de ce conflit, en raison de l’armement du Hezbollah », a-t-il affirmé. Il a fait part de sa conviction que « la communauté internationale est désormais entrée en conflit froid avec l’Iran », espérant que « la crise puisse être réglée pacifiquement », sans écarter l’hypothèse contraire et « la transformation du conflit froid en conflit armé ». Dans le même sujet, il a ironiquement évoqué la position du Liban quant à la résolution 1929 du Conseil de sécurité. « L’Iran (le pays intéressé), la Turquie et le Brésil (les pays qui ont voté contre les sanctions) ont affirmé comprendre l’abstention libanaise dictée par la délicatesse de la situation du Liban. Les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et la Chine, sont également compréhensifs. Malgré cela, certaines parties libanaises font toujours des surenchères et regrettent que le pays n’ait pas voté contre les sanctions », a-t-il encore dit.
Il a conclu la séance des questions-réponses en confirmant que le Liban est omniprésent dans la politique française, quel que soit le parti au pouvoir à Paris. Car la relation entre la France et le Liban est un phénomène de société avant qu’il ne soit un élément purement politique. Dans toutes ses démarches régionales, et en dépit du renforcement naturel et normal, de ses relations avec la Syrie, Paris défend le Liban. « C’est ce que j’ai pu encore vérifier lors de ma rencontre avec Bernard Kouchner », a-t-il insisté, balayant d’un revers de main les propos selon lesquels la France sacrifie le Liban pour se rapprocher de la Syrie, ou exploite le Patriarche et l’invite pour se repositionner et exercer des pressions sur Damas, ce dernier ayant obtenu des concessions sans rien donner.
La conférence de presse organisée dans le pays des droits de l’Homme et des libertés par celui qui fut torturé et privé de sa liberté par un procès politique monté de toutes pièces, est remplie d’enseignements dont le plus significatif qui révèle un homme d’Etat, aux dimensions désormais internationales, qui parle au nom de tous les Libanais souverainistes, soutenu par le plus important pays arabe (l’Egypte) et qui a su adopter un ton et un discours particulièrement diplomatiques et qui séduisent de plus en plus de Libanais. Paradoxalement, ce sont aussi ces facteurs qui font de Geagea l’homme politique libanais le plus exposé, comme en témoignent les mesures de sécurité prise à Paris lors de son passage.
Chawki Freïha
La source « MediArabe.info ».
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